Génération sacrifiée – Nous avons 30 ans

Cet article et ceux qui lui sont associés sont une réflexion citoyenne inspirée par la terrible montée du rejet en France et dans le monde. A l’heure où le discours populiste est facile à entendre je ressens le besoin d’exprimer une quête plus profonde de qui nous sommes et ce qu’il nous faut construire à présent.

La force de mes convictions m’a régulièrement conduit à écrire, d’abord quelques lignes puis quelques paragraphes, avant tout pour moi afin de prendre de la hauteur sur mes propres idées, puis finalement pour les partager à travers des articles publiés sur ce blog.

Qui suis-je pour proposer mes opinions ? Suis-je légitime ? Ces questions se sont probablement posées lors de mes précédentes tentatives mais je suis désormais convaincu que nous sommes tous légitimes dès lors qu’il s’agit de s’exprimer. Ce monde m’appartient comme il t’appartient à toi cher lecteur, cette société est la notre et je crois qu’il est grand temps de s’en saisir à nouveau.

Passé l’enthousiasme de mes premiers bulletins déposés fièrement dans une urne, au son du protocolaire « A voté », je suis confronté aujourd’hui, mes trente ans en poche, à cette résignation terrible qui me laisse penser que mon devoir de citoyen ne changera rien au monde qui m’entoure. Et ce monde n’est pas qu’un fourreau esthétique. Ce monde c’est l’écrin de notre épanouissement et de notre réussite. Ce monde c’est le socle de notre avenir et celui de notre descendance. Au fond de moi, tout au fond, brûle encore cette flamme patriote héritée de la Révolution française qui conduisit à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Pourtant, cette fierté chaleureuse n’a rien de comparable à mes rêves brûlants d’adolescent, rêves douchés par la réalité d’une crise économique survenue au moment où l’on s’apprêtait à investir le marché du travail.

Génération sacrifiée, nous avons trente ans.

Je ne sais si ce terme est exagéré, s’il exprime un sentiment de colère, d’impuissance, de résignation ou tout au contraire de révolte mais nous sommes à mes yeux une génération sacrifiée. Quel Monde nous a-t-on laissé en héritage ? Sur quelles ruines tentons-nous vaillamment de nous construire en tant qu’individus, familles et peuples ?

Peut-être es-tu plus jeune ou plus âgé, toi lecteur, mais nous, j’entends par là ma génération, nous avons trente ans. Et bien que nous soyons tous nés libres et égaux en droit, l’Ecole de la République semble avoir oublié que nous sommes bel et bien tous différents. Oubliées aussi ses promesses d’avenir serein à l’issue d’un cursus scolaire entrepris sagement, sérieusement et studieusement. Ces promesses laissées de côté ne sont-elles pas aujourd’hui le terreau de la révolte ? A l’heure où nos parents préparent leur retraite imminente, nous n’avons aucune idée du nombre d’années qu’il nous faudra travailler, ni même si nous pourrons travailler.

Quel Monde nous a-ton laissé en héritage ? Nous aimerions entreprendre mais qui veut bien nous faire confiance ? Nous aimerions prendre la parole mais qui veut bien nous la donner ? Nous aimerions changer les choses mais combien d’entre vous veulent vraiment s’engager à nos côtés ? Je sais que les initiatives existent et que les exemples optimistes sont multiples. Pourtant, à ce jour, quel a été leur pouvoir de pénétration dans Notre société ?

Il y a eu à Paris les événements terribles du 6 janvier et du 13 novembre 2015, instants graves venus geler les espoirs et les libertés d’un pays tout entier.

Paris notre symbole, notre fierté qui ne peut à elle seule résumer notre France. Elle est tout au plus l’un des ventricules de notre cœur battant. Il y a partout ailleurs des gens qui donnent le meilleur chaque jour, pour vivre, pour exister. Il y a partout ailleurs de jeunes diplômés de Province qui rêvent d’enrichir le territoire où ils sont nés.

Il y a partout ailleurs une culture identifiée, des individualités propres, des communautés soudées, des esprits collectifs, des initiatives formidables, des personnalités, des hommes, des femmes et des enfants qui font notre Patrie. Il y a, au delà de nos frontières, des territoires auxquels nous sommes intimement et formellement liés.

Qu’en est-il de cette France aujourd’hui ? N’est-elle pas prise en otage par le poids d’une Capitale qui s’attribue la bien-pensance ? Dans ce monde qui semble bercé de certitudes existe-t-il une place pour l’expérimentation, le questionnement, le doute… ou sommes-nous seulement des prisonniers ?

Sommes-nous seulement des otages ?

Le 29 mai 1985 paraissait une circulaire officialisant le plan « Informatique pour Tous » qui devait permettre d’équiper les écoles d’ordinateurs afin d’initier toute une génération à l’informatique.

Le 29 mai 2015, j’ai eu trente ans.

A l’heure où presque tous les foyers possèdent au moins un ordinateur, une tablette ou un téléphone intelligent, de nombreuses écoles sont sous-équipées et le grand projet de l’Etat est de distribuer des tablettes numériques à tous les élèves de 5ème à la rentrée 2016…

Je suis de cette génération qui a observé le minitel avant l’essor d’internet. Dans la cours de récré, nous pensions que l’an 2000 verrait naître les voitures volantes et jamais nous n’aurions imaginé que la musique se dématérialiserait ou qu’un téléphone intelligent se tiendrait un jour au creux de nos mains…

Sommes-nous seulement des otages ?

Saviez-vous qu’en 1985 le chômage atteignait le chiffre record de 8,5 % alors qu’il n’était que de 5,1 % en 1980 et de 3,3 % en 1975 ? Depuis 1985, le taux de chômage n’est jamais descendu en dessous des 7,1 % atteints en 2008, année qui marque le début de la crise économique qui a frappé toutes les générations.

Sommes-nous seulement des otages ?

Il est des événements qui vous arrachent subitement au monde merveilleux de l’enfance. Je pense notamment aux attentats survenus en France en 1995 et les mesures de sécurité imposées subitement, aux abords des écoles. Six ans plus tard, ce sont les attentats du onze septembre qui ont terrifié les jeunes adolescents que nous étions. Sans que l’on oublie vraiment, la page se tourne, avec elle l’anxiété, l’inquiétude et la peur. Seul reste alors le souvenir un peu flou d’un instant, de nos yeux abasourdis captivés par l’horreur… mais l’horreur elle même s’oublie.  Jusqu’au signal d’alarme suivant… Londres, Madrid, Bruxelles, Istanbul, Nice, Saint-Etienne du Rouvray…

Nous ne sommes pas des otages.

En tant que Peuple, Citoyen, Patrie, en tant que République Démocratique, ne sommes nous pas tous responsables ?  Comment avons-nous réagit aux multiples signaux d’alarme ? Nous sommes, pour un temps, descendus dans la rue, main dans la main…

Et de cet élan il nous faut aujourd’hui oser l’indispensable bond en avant. Oubliées l’horreur et les mesures d’urgences, il nous faut réfléchir et construire ce lieu où nous vivrons ensemble. Il nous faut prendre conscience qu’il n’appartient ni à la Droite, ni à la Gauche mais bien à toi et moi cher lecteur.

Nos symboles s’affichent fièrement sur les frontons des mairies mais j’ai le sentiment profond qu’ils ont été oubliés depuis longtemps au profit d’une lutte bipartite, une lutte des classes, une lutte pour le pouvoir, pour un individu. Plus encore que l’abandon des valeurs, nous souffrons de l’abandon des idées et de l’absence de renouveau. Nous accordons notre confiance, peut-être malgré nous, faute d’alternative crédible, à des hommes et des femmes qui participent depuis au moins trente ans aux gouvernements qui échouent. Nous offrons le pouvoir à ceux qui ont conduit notre pays jusqu’ici, dans l’ombre d’un cabinet.

Mais le rejet ne résout rien.

Le rejet ne peut que conduire au repli sur soi et finalement, j’en suis sûr, aux regrets. A l’heure où nos vies s’écrivent, il nous revient de choisir avec quel encre et sur quel papier nous voulons les conter. C’est à nous en tant qu’êtres humains conscients et réfléchis qu’il revient de choisir la forme et les mots, d’assembler les lettres et les phrases. Il nous revient à vous et moi de construire ce livre commun qui sera porté aux yeux de vos enfants et, je l’espère, des enfants de vos enfants.

Quelle que soit l’issue, le Monde, au sens de la Terre qui nous porte et nous nourrit, ce Monde survivra. Le danger se porte sur les peuples, leur Culture, leur Histoire et leurs souvenirs. Le danger se porte sur ce qui nous différencie peut-être le plus de l’animal, du végétal et du minéral. Il se porte sur la conscience forte qui nous a poussé jusqu’ici à construire plus qu’un simple foyer, qu’une simple tanière, à assembler plus qu’une diversité de matières pour former le sens de la réflexion, de l’éducation, de la justice, de l’art ou de la culture…

Le danger se porte sur le sens que l’Homme donne à son existence.

Comme beaucoup d’entre nous, j’aime parler et écrire avec mes sentiments profonds, mes tripes et mon esprit, pourtant lorsqu’on traite de Nation et d’Avenir, lorsqu’on s’adresse non pas à l’autre mais aux autres, je crois qu’il est nécessaire de prendre du recul. Il faut prendre le temps de définir sa pensée, de se définir aux yeux des autres, pour s’assurer d’être plus écouté qu’entendu et finalement, nous l’espérons tous, être compris.

C’est le sens de la démarche qui suit où tu trouveras ce qui s’apparente peut-être parfois à une réflexion civique, voir philosophique. J’espère que tu n’y verras pas ce qu’elle ne doit pas être, à savoir une démarche intellectuelle et élitiste, car je ne la voulais pas ainsi. J’ai fait de mon mieux pour définir ce qui nous unit, toi et moi, vous et moi… je ne sais combien vous serez à me lire. J’ai fait de mon mieux pour revenir à ce qui fait le cœur de notre Patrie, le sens de ce qui doit être à nos yeux bien plus que de simples mots. J’ai fait de mon mieux pour te conduire avec moi à une vraie réflexion sur notre société, de la réaffirmation de nos valeurs à notre évolution obligée.

J’ai fait de mon mieux pour repartir de ce qui n’appartient à personne d’autre qu’à toi et moi, gens du peuple, qui nous sommes définis depuis longtemps comme libres, égaux et frères.

#bd

Lire la suite Liberté. Liberté chérie.

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